DIMANCHE DES RAMEAUX – Le temps d’un “roi pauvre”

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Dimanche des Rameaux 2016 – Chapelle Notre Dame des Anges

Après bien des années d’exil à Babylone, le peuple d’Israël a pu, un jour, enfin se remettre en route. Les voyez-vous, ces colonnes d’hommes et de femmes rentrant chez eux, titubant et pleurant, en quête de leur terre ? Seul le chant des psaumes leur tient encore le cœur ouvert. Bientôt eux aussi les entonneront, en montant vers Jérusalem, la ville sainte. En franchissant les portes de la ville de la paix. Le temps sera alors venu de reconstruire le Temple comme signe de l’alliance renouvelée avec leur Dieu. Un travail ardu, car partout la violence menace dans ce Proche Orient convoité. Comment tenir bon dans l’espérance alors ? Le prophète Zacharie est de ces gens qui ne se laissent pas décourager : même s’il faudrait quarante ans pour le bâtir, ce Temple sera construit. Pour que la paix advienne, enfin. Au chapitre 9 du livre du prophète Zacharie, s’élève son « magnificat » :

« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. » (Za 9, 9-10).

Dans l’extrait de l’évangile de Luc que nous avons entendu tout à l’heure, la prophétie du vieux Zacharie est sur le point de s’accomplir. Pourtant, si le temple de Jérusalem est bien debout, fier et orgueilleux, pour l’heure, du roi « juste et victorieux », nulle trace. A moins que…

Car, Jésus, lui, « marche en avant », dit le texte. Il « monte ». Comme la sève s’élève dans les veines des figuiers, des palmiers, des oliviers qui l’acclament tout au long de la route. La vie revient. Discrète. Puissante. Irrésistible. De Bethphagé – dont le nom signifierait le « village des figues immatures » – à Béthanie – le « village des palmiers », jusqu’au mont des Oliviers.

La vie sauvée. Comme Dieu a sauvé son peuple au désert.

L’innocence de ce petit d’âne que Jésus choisit le dit aussi. Car il est fini le temps des « chevaux de combat et des chars de guerre ». Voici le temps de l’ânon, aussi sauvage et nu que nous le sommes (Job 11,12). Les disciples s’empressent d’ailleurs de « l’habiller », le recouvrant de leurs manteaux. D’autres se dépouillent de leurs vêtements pour paver d’humanité le chemin caillouteux : car il est terminé, le temps de notre honte. Une joie ineffable les envahit, eux qui ont vu dans leur marche avec Jésus la justice de Dieu à l’oeuvre. Ils se souviennent que Jésus, c’est « Dieu sauve ! ». Tout devient clair pour eux à cet instant : Dieu vient rassembler son peuple dans la ville de la paix. « Exulte fille de Sion. Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem. » Il est la paix que tu cherches. Avec le psalmiste, ils s’exclament :

« Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons ! Dieu, le Seigneur, nous illumine. Rameaux en main, formez vos cortèges jusqu’auprès de l’autel. » (Ps 117, 24-25).

Comme on chante à Souccot, lors de la fête juive des moissons : « Hosanna ! » : « Donne le salut, oui ! »

Ce roi « pauvre », entrevu par le vieux prophète Zacharie, est donc arrivé jusqu’à nous. Il franchit les portes de nos citadelles. Bientôt, sans que nous comprenions comment, du temple de notre orgueil, il ne restera plus pierre sur pierre. Il en aura chassé, au préalable, les marchands d’idoles et les pharisianismes en tout genre.

Il monte et il descend. Jusqu’au plus profond de nos jointures, franchissant à « dos d’âne » tous les obstacles qui encombrent nos cœurs de pierre.

Sa miséricorde, cette « passion » maternelle du Créateur pour sa créature, va se révéler, bouleversante, sur le bois sec de la croix. Quand tous les « hosanna » se seront tus pour laisser place au silence des commencements. Et en trois jours, il relèvera tout.
Car, même là, la vie revient encore. Comme la sève vient régénérer le figuier immature. Et le palmier dépouillé. Et l’olivier en pleurs.

AMEN

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