Homélie pour des temps d’élection

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J’ai décidé de vous dire pour qui vous devez voter.

Y a pas de raison, après tout. Aux informations, n’entend-on pas tel mouvement catholique, défendant les valeurs familiales, choisir tel candidat censé être plus sensible à ses revendications ? N’a-t-on pas entendu le curé de telle autre paroisse progressiste, rappeler que l’accueil de l’étranger est un incontournable qui impose un choix clair pour tel autre candidat ?

Alors, j’ai décidé, moi aussi, de vous dire pour qui vous devez voter.

Un petit préalable cependant. Et je vous avoue ma gêne à confesser ma faiblesse. Pour des raisons aussi bêtes que risibles, j’ai oublié de m’inscrire sur les listes électorales. Oui, je sais, c’est nul. J’en suis conscient. Mais aviez-vous douté un seul instant que j’étais, moi aussi, un pauvre pécheur devant l’Eternel ? Vous en avez donc là la preuve.

Ceci étant dit, continuons notre réflexion.

Comme souvent, quand on veut discerner un choix dans les temps troublés de notre existence, la présence de la figure du Christ reste une lumière incontournable pour les chrétiens. Alors, posons la question qui nous brûle les lèvres :

Jésus, lui, pour qui aurait-il voté ?

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PAQUES – Sortir du tombeau

Homélie pour la Vigile pascale

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Dans un restaurant, l’autre jour, avec un petit groupe de personnes, après une réunion de travail. L’homme, assis en face de moi, me dit en avoir assez de ces célébrations chrétiennes où l’on passe son temps à parler du péché et à demander pardon sans cesse. Surpris, je dois réfléchir à deux fois avant de tenter de répondre : « Vraiment, tu as l’impression qu’on ne parle que du péché ? ». Il insiste : « Du début à la fin, on n’arrête pas ! » Et d’évoquer nos litanies de kyrie. Et même la prière finale avant la communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ». Cette phrase me semblait pourtant manifester une extraordinaire marque d’humilité et de confiance. D’ailleurs, elle reprend les propos d’un étranger – un centurion romain – qui sait qu’il ne peut pas accueillir dans sa maison ce Jésus sans le rendre “impur”, alors qu’il lui a demandé de se venir pour guérir son serviteur. Bien plus que du péché, ce dont il est question ici, c’est de la foi en la vie dont il est question.

Mais pour mon interlocuteur, ce genre de citations liturgiques ne fait qu’entretenir la culpabilité rampante de cette foi chrétienne à laquelle il demeure pourtant fidèle, essentiellement par attachement familial et culturel. Mais pas plus : cela ne l’intéresse pas d’endosser vraiment un tel héritage morbide. L’implicite de son propos, lâché entre la poire et le fromage, l’était de moins en moins : « Tu ne risques pas de me voir dans ta chapelle pour une des célébrations du triduum pascal. » Trop de trahisons, de honte, de lâcheté, de souffrance et de mort dans toutes ces lectures que nous venons d’entendre. Et l’envie de vivre alors dans tout ça ?

Cet homme, on en connaît tous, sans doute.

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VENDREDI SAINT – D’un jardin à un autre

Homélie pour le Vendredi saint

Après la lecture de la passion selon Saint Jean, en sept étapes, le commentaire propose sept réflexions autour de la figure de Jésus, comme homme, comme “maître”, comme témoin, comme victime, comme roi, comme un corps, comme une promesse enfouie en terre.

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D’abord, c’est un homme. Un homme de cette terre. Un Nazaréen, venu de cette lointaine et bigarrée Galilée. Une terre mélangée, peu recommandable, aux multiples origines. Et il vient de là, cet homme. Cet homme ordinaire avec un nom ordinaire. Un homme qui se laisse reconnaître à son nom et à ses origines. Jésus. Celui de Nazareth. Mais de Nazareth que peut-il bien sortir de bon ? « Je suis bien cet homme là ». Jésus assume son épiphanie d’humanité. De quoi renverser tous les complots, toutes les prévisions, par terre. C’est trop facile ou trop fort: comment peut-il se laisser arrêter aussi simplement, lui qui était venu avec un grand élan à Jérusalem. Dans ce sombre jardin, qu’est-ce qui est semé là ? On l’embrasse. On l’encercle. L’homme se laisse faire. C’est l’heure.

Drôle de maître que ce Jésus, entouré d’une bande  de bras cassés de l’histoire, petits artisans-ouvriers sans importance ou petites frappes aux origines obscures.

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JEUDI SAINT – Mangez en toute hâte

Homélie pour le Jeudi saintCC41-AixPce-25avril 057.jpg

 

D’abord, il faut manger. Il faut croire que nous sommes vraiment des enfants de la terre, pour que, en toutes circonstances, – et notamment les plus dramatiques -, on prenne d’abord le temps de manger.

Regardez. Dans la nuit des siècles, quand Moïse, enfin, a réussi à forcer l’Histoire pour pouvoir quitter la terre d’esclavage en Egypte, le premier commandement qu’il donne au peuple qu’il est en train de constituer, c’est de prendre un repas ensemble. Un repas bien particulier, il est vrai, mélange de fête, d’inachevé et d’amertume. Un repas suffisamment singulier pour que le souvenir en ait été maintenu pour le restant des siècles.

Parce que manger, c’est aussi se souvenir.

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DIMANCHE DES RAMEAUX – Le temps d’un “roi pauvre”

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Dimanche des Rameaux 2016 – Chapelle Notre Dame des Anges

Après bien des années d’exil à Babylone, le peuple d’Israël a pu, un jour, enfin se remettre en route. Les voyez-vous, ces colonnes d’hommes et de femmes rentrant chez eux, titubant et pleurant, en quête de leur terre ? Seul le chant des psaumes leur tient encore le cœur ouvert. Bientôt eux aussi les entonneront, en montant vers Jérusalem, la ville sainte. En franchissant les portes de la ville de la paix. Le temps sera alors venu de reconstruire le Temple comme signe de l’alliance renouvelée avec leur Dieu. Un travail ardu, car partout la violence menace dans ce Proche Orient convoité. Comment tenir bon dans l’espérance alors ? Le prophète Zacharie est de ces gens qui ne se laissent pas décourager : même s’il faudrait quarante ans pour le bâtir, ce Temple sera construit. Pour que la paix advienne, enfin. Au chapitre 9 du livre du prophète Zacharie, s’élève son « magnificat » : Continue reading

Homélie pour des temps tristes

DSC_0009Dimanche 15 novembre. Quelques extraits de l’homélie de ce dimanche, donné à la chapelle Notre-Dame-des-Anges.

“Je vais prendre le train pour rentrer chez moi. Pour la première fois, je suis inquiète.”

La réaction de cette femme, rencontrée ce matin, est bien compréhensible, tant l’onde de choc des attentats à Paris se répand depuis quelques heures. Il suffisait de voir, en cette fin de semaine, les transports en commun désertés et les rues anormalement vides pour sentir que chacun a eu besoin de rester “chez soi”, de rassembler l’essentiel de nos vies. De se rassurer, quand la fragilité de nos existences nous est si dramatiquement rappelée.

Mais, à bien y penser, cette réaction peut aussi surprendre. Bien sûr, nous avons la chance de vivre dans une société relativement peu confrontée à cette violence aveugle. Mais combien d’autres, pas si loin de nous, n’osent pas, depuis longtemps, sortir dans la rue, par peur de tirs d’un sniper, d’un enlèvement ou d’une explosion ? Combien, en Syrie, en Irak, au Yemen, en Centrafrique, au Nigéria, au Sud-Soudan, en Ukraine et dans tant d’autres lieux, vivent la peur au ventre pour leur vie et la vie de leurs proches ? Fallait-il ces terribles attentats de Paris pour nous souvenir que ceux qui fuient ces pays, quittent des terres terriblement dangereuses ? Leur humanité n’est-elle pas exactement la même que la nôtre ? Et si du tragique de ces évènements nous pouvions apprendre le retournement intérieur qui nous rend plus humains, plus attentifs, moins cyniques, moins indifférents…

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